Analyse des FFPM de la grappe des sciences de la vie de l’Ouest canadien
Cette section présente les points de vue des bénéficiaires de projet et des informateurs clés de l’industrie sur les forces, les faiblesses, les possibilités et les menaces (FFPM) relatives à la croissance de la grappe des sciences de la vie dans l’Ouest canadien. Les réponses que les deux groupes ont données aux questions étaient semblables; c’est pourquoi dans cette section le terme « répondants » désigne à la fois les bénéficiaires de projet et les informateurs clés.
Selon les répondants, les efforts de recherche dans les sciences de la vie déployés dans l’Ouest canadien sont de calibre mondial, mais la grappe et tous les ordres de gouvernement n’ont pas adopté une orientation stratégique ni défini leur vision de l’avenir. Les autres principales menaces au développement de la grappe sont, selon eux, le manque d’accès aux capitaux, les initiatives insuffisantes d’utilisation de la recherche pour créer des produits et des services commerciaux et l’absence de reconnaissance internationale.
Nous présentons ici les principaux éléments des réponses des répondants quant aux forces, aux faiblesses, aux possibilités et aux menaces relatives à la croissance.
Forces actuelles
Les répondants sont d’avis que l’Ouest canadien possède des forces considérables qui peuvent constituer le fondement d’une grappe des sciences de la vie dynamique et diversifiée. Ils ont mentionné les forces suivantes :
- Il existe une vaste base de recherche dans les établissements universitaires de l’Ouest canadien, et ce, non seulement dans la recherche biopharmaceutique, mais dans tous les domaines des sciences de la vie, y compris les appareils d’aide médicale, l’aquaculture, l’agriculture, les bioproduits et l’étude de la génomique végétale et animale.
- La communauté des sciences de la vie est entrepreneuriale et novatrice. Quelques-unes des entreprises biotechnologiques les plus profitables du monde sont installées dans l’Ouest canadien. L’Ouest canadien a des professionnels expérimentés qui peuvent utiliser les résultats de la recherche des laboratoires pour créer des entreprises. La commercialisation efficace de n’importe quel des sciences de la vie contribue à élever le niveau de la gestion et des compétences de la région.
- Grâce à une grande variété de ressources naturelles et de matières premières (y compris les capacités existantes dans les domaines de la foresterie, de l’aquaculture et des produits agricoles et récoltes), l’Ouest canadien détient un avantage concurrentiel qui lui permet de soutenir la recherche et le développement de produits dans ces domaines.
- Les investissements des établissements et des organisations de la recherche ont entraîné la construction d’une infrastructure physique qui a renforcé la capacité de recherche dans les sciences de la vie.
- Les membres de la communauté des sciences de la vie collaborent bien entre eux et ont la volonté de soutenir les initiatives multidisciplinaires.
- L’Ouest canadien a de nombreux travailleurs qualifiés et expérimentés dont l’expertise et le savoir sont reconnus à l’échelle internationale.
- On offre un bon soutien au démarrage des entreprises grâce au Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada, aux réseaux d’investisseurs providentiels et à plusieurs programmes de financement provinciaux, comme le programme BC Small Business Venture Capital et l’Alberta Research Foundation.
Faiblesses actuelles
Les répondants sont d’avis que l’Ouest canadien doit remédier à des faiblesses importantes pour bâtir une grappe des sciences de la vie dynamique et diversifiée. Ils ont mentionné les faiblesses suivantes :
- Dans sa volonté de définir une stratégie des sciences de la vie, le gouvernement fédéral doit assurer un leadership. Par conséquent, une stratégie coordonnée parmi tous les ordres de gouvernement est souhaitable. En général, les membres de la communauté des sciences de la vie ont l’impression que la coordination entre les ordres provinciaux et fédéral est insuffisante. De plus, une stratégie coordonnée pourrait profiter aux autres secteurs des sciences de la vie, comme les bioproduits et les produits dérivés des ressources naturelles, qui sont justement des forces de l’Ouest canadien.
- La prise en compte du contexte international est une faiblesse évidente des programmes gouvernementaux. Les programmes actuels pourraient en faire davantage pour sensibiliser les organisations canadiennes à toutes les répercussions de la concurrence mondiale. Les lacunes en fait de sensibilisation internationale s’étendent également au traitement fiscal des entreprises étrangères. On pourrait par exemple modifier le traitement fiscal du capital de risque américain investi au Canada pour améliorer l’accès pour les entreprises en démarrage.
- Il y a un problème d’accès au capital qui touche toutes les étapes du processus d’innovation. Même s’il existe un réseau d’investisseurs providentiels et que les fonds sont accessibles à l’échelle provinciale, il faut trouver du capital d’amorçage et de démarrage. L’accès au capital comprend aussi l’accès à des avantages fiscaux qui permettraient de promouvoir la collaboration des entreprises privées avec des organisations à but non lucratif. En outre, comme on a bâti une nouvelle infrastructure de la recherche, il faut maintenant trouver des sources de financement continu pour couvrir les coûts de fonctionnement.
- Le défi à long terme de la communauté des sciences de la vie consiste à transformer la recherche et le développement en connaissances novatrices et utiles ayant une valeur économique. Il faut cerner les ressources nécessaires pour mettre en place une chaîne de valeur intégrée qui aiderait les projets à tenir compte de la valeur économique dès leur conception et tout au long de leur mise en œuvre.
- Il y a peu de coordination entre la grappe des sciences de la vie et les systèmes de soins de santé provinciaux. Les chercheurs ayant un meilleur accès aux populations de patients comprennent davantage les besoins de celles-ci, ce qui leur permet de développer plus efficacement des appareils et des produits qui améliorent les soins.
- L’Ouest canadien est aux prises avec une pénurie de travailleurs compétents. D’une part, on est incapable d’attirer et de maintenir en poste les personnes hautement qualifiées. D’autre part, il arrive que des étudiants formés dans l’Ouest canadien s’installent ailleurs parce qu’il n’y a pas de financement à la recherche ou qu’il n’y a aucun débouché pour eux dans les entreprises.
- Même si l’infrastructure de la recherche progresse, il faut en accroître l’échelle et la taille pour atteindre la masse critique.
Possibilités actuelles
Les répondants sont d’avis que l’Ouest canadien est en mesure d’assurer le leadership nécessaire à l’orientation future de la grappe des sciences de la vie, tant à l’échelle régionale que nationale. Ils ont mentionné les possibilités suivantes :
- L’Ouest canadien peut être un chef de file des nouveaux domaines de recherche dans les sciences de la vie, notamment dans les domaines spécialisés comme les produits environnementaux tels que le biocarburant. Un certain nombre de domaines spécialisés bénéficieraient d’une stratégie intégrée à long terme pour les sciences de la vie dans l’ensemble de l’Ouest canadien.
- Il existe, dans l’Ouest canadien, de nombreuses possibilités de commercialisation des travaux de recherche actuellement en cours de réalisation et dont les produits peuvent être transformés en applications commerciales.
- Le gouvernement a la possibilité de renforcer la grappe en appuyant les investissements dans l’infrastructure de calibre mondial qui soutiendra l’activité de commercialisation. On pourrait par exemple soutenir des centres de développement de produits, des incubateurs d’entreprises et des installations où des équipes multidisciplinaires pourraient travailler ensemble.
- On a la possibilité d’attirer dans l’Ouest canadien des travailleurs hautement qualifiés qui pourront faciliter la recherche sur les produits commercialisés. Ces facilitateurs pourront traduire les résultats de la recherche fondamentale faite en laboratoire en produits à mettre sur le marché. Il y a aussi des débouchés pour les jeunes scientifiques et les travailleurs ayant des compétences spécialisées dans le domaine manufacturier.
- On peut renforcer la grappe en modifiant les mécanismes de politique publique, surtout les programmes d’imposition qui font la promotion des investissements privés et permettent d’attirer et de maintenir en poste des travailleurs hautement qualifiés.
- Les frontières des connaissances et des technologies évoluent rapidement. On peut faire converger les technologies dans l’Ouest canadien en renforçant les liens entre les chercheurs, les entreprises, les ingénieurs, les cliniciens et les autres intervenants des centres nationaux et internationaux. Ce renforcement contribuerait de manière considérable à la valeur scientifique et économique de l’Ouest canadien.
Menaces actuelles
Les répondants ont cerné plusieurs menaces auxquelles la grappe des sciences de la vie de l’Ouest canadien doit faire face. Ils ont mentionné les menaces suivantes :
- À l’heure actuelle, on n’a ni orientation ni priorités claires pour la grappe au niveau politique, ce qui se traduit par l’absence de stratégie et de champions de la grappe.
- Le public n’est pas sensibilisé à l’utilité de la recherche dans les sciences de la vie. Sans le soutien du grand public, la pression exercée au niveau politique pour promouvoir faire de la recherche et des enquêtes dans les sciences de la vie est moins importante.
- Les investissements dans les sciences de la vie du secteur public, aux échelles nationales et provinciales du Canada, sont moindres que dans d’autres entités semblables comme l’Union européenne.
- Il existe des obstacles structurels aux investissements étrangers. Les firmes américaines de capital de risque sont habituellement des sociétés par actions à responsabilité limitée qui, selon la convention fiscale entre les États-Unis et le Canada, ne permettent pas aux participants d’en récolter les bénéfices. Au lieu d’investir dans les entreprises en démarrage au Canada, les firmes privées américaines de capital de risque achètent le plus souvent les technologies ou l’entreprise en démarrage et déménagent ses actifs et ses activités aux États-Unis.
- Le développement de la grappe des sciences de la vie souffre d’un manque d’attention internationale. Il a été question de cette attention dans l’ensemble des entrevues où l’on soulignait le manque de promotion de la grappe par l’administration des entreprises, dans la mise en œuvre de leur stratégie, ou la faible participation de l’industrie dans la sensibilisation du public sur les implications internationales de la grappe.
- Les scientifiques ont de la difficulté à obtenir les visas et les permis de travail nécessaires. Il faut beaucoup de temps pour traiter les demandes de visas et de permis et les mécanismes de délivrance ne sont pas aussi souples qu’aux États-Unis. (Aux États-Unis, on offre des visas de 10 ans aux scientifiques invités.)
- Les travailleurs compétents pour occuper des postes de haute direction sont peu nombreux. Souvent, il faut faire appel à des cadres supérieurs des États-Unis pour diriger les entreprises en démarrage dans l’Ouest canadien.
- Le financement est sporadique, c’est pourquoi les organisations ont du mal à élaborer des projets de recherche complets. Le financement est souvent à court terme, axé sur un projet ou lié aux cycles politiques. On peut utiliser les modèles de financement à plus long terme pour créer une assise qui permet de mobiliser plus de fonds.
- Dans l’Ouest canadien, on n’a pas les ressources nécessaires pour vraiment transformer les résultats de la recherche appliquée en technologies utilisables. Il n’y a pas de soutien pour la « validation » et le développement de prototypes de recherche. Pour que le transfert des technologies fonctionne dans le processus de commercialisation, il faut cibler les marchés et développer des liens plus solides avec l’industrie.