Diversification de l'économie de l'Ouest Canada
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Observations et conclusion

Principales conclusions de l’étude

Les bénéficiaires de projet et les informateurs clés considèrent DEO comme un partenaire important qui contribue en termes financiers. Ils recommandent que DEO augmente le montant et élargisse les types de financement offert pour soutenir le développement de la grappe des sciences de la vie. Ils signalent le besoin d’un financement qui appuie la recherche du début jusqu’à la commercialisation finale. En outre, ils suggèrent d’investir de manière continue dans l’infrastructure et la recherche, de financer les activités de pré-commercialisation et d’offrir des capitaux aux entreprises à but lucratif, du démarrage à la dernière étape du financement.

Les bénéficiaires de projet et les informateurs clés comptent sur DEO pour assurer le leadership nécessaire au progrès de la grappe, à partir de la recherche fondamentale jusqu’à la commercialisation.

Observations

Dans le cadre des entrevues avec les bénéficiaires de projet et les informateurs clés, nous avons remarqué un thème récurrent concernant la capacité de l’Ouest canadien de tirer profit pleinement des activités de recherche. Il semble qu’à l’heure actuelle, l’Ouest canadien n’a pas l’infrastructure nécessaire pour soutenir le cycle complet de la recherche qui va des découvertes à la commercialisation, en passant par la validation des principes.

La figure 11.11 ci-dessous est une représentation visuelle du cycle complet d’un projet recherche, du début à la commercialisation. La figure se divise en deux parties. La partie du haut représente le cycle de la recherche tel qu’il est dans l’Ouest canadien aujourd’hui, tandis que la partie du bas représente ce que le cycle serait si on investissait dans les activités de validation des principes.

La partie supérieure montre l’évolution de la recherche, de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, avant d’être introduite dans le circuit du savoir. Une fois que les connaissances tirées de la recherche atteignent le circuit du savoir, peu de mécanismes et de fonds permettent de faire les évaluations techniques et marchandes nécessaires pour créer un produit commercial fini. D’ordinaire, un résultat de recherche prometteur sur le plan commercial sort du milieu de recherche avant d’être amené à maturité jusqu’à la concession de licence ou la création d’une entreprise dérivée. Les entreprises dérivées déploient habituellement des efforts considérables pour mobiliser les fonds nécessaires au développement et à la promotion d’un produit. En raison d’un manque de financement, le résultat de la recherche est vulnérable et risque d’être acheté par des organisations établies à l’extérieur de l’Ouest canadien. Un des informateurs clés a décrit cette situation comme le « bilan déséquilibré de R-D » où l’Ouest canadien alimente le circuit international de la commercialisation. Si la recherche est achetée par une organisation étrangère, elle pourrait ne plus jamais être accessible à l’Ouest canadien, qui n’en retirera pas non plus les bénéfices économiques si elle devient un succès commercial.

La partie du bas de la figure 11.1 illustre le cycle de recherche qui comprend un processus amélioré de circulation des connaissances par lequel la recherche appliquée serait soumise à une méthode rigoureuse de validation de principe avant l’étape de la commercialisation. Dans le cadre de ce processus, on pourrait approfondir l’évaluation technique et marchande du résultat de recherche afin de déterminer s’il est acceptable et prêt à être commercialisé. Les résultats de l’évaluation permettraient de décider s’il faut poursuivre l’étape du développement avant de choisir le mode de commercialisation le plus approprié. Dans cette situation, le résultat de la recherche serait amené à maturité et transformé en technologie ou en produit précis pour un marché défini d’utilisateurs possibles. La commercialisation hausse la valeur ajoutée de la technologie, ce qui entraîne de meilleurs bénéfices pour l’Ouest canadien.

DEO a déjà financé plusieurs projets ayant suivi cette approche, notamment le Centre for Drug Research and Discovery en Colombie-Britannique et l’usine pilote POS en Saskatchewan. Un bénéficiaire de projet a suggéré d’inclure des centres de développement de produits technologiques d’assistance médicale dans les prochains investissements visant à soutenir la validation de principe.

Figure 11.1

Figure 11.1 

Bénéfices mesurables des projets : soutien des six objectifs d’innovation

D’après notre analyse des réponses aux entrevues et des résultats de l’analyse de l’incidence économique, il est évident que les investissements de DEO ont eu des retombées sur la grappe des sciences de la vie de l’Ouest canadien. DEO a joué un rôle important de catalyseur pour de nombreux projets en réunissant les partenaires gouvernementaux. DEO a également collaboré avec les bénéficiaires de projet pour leur offrir des conseils stratégiques et pour guider la préparation des propositions dans le processus de demande et de financement.

Sans les investissements de DEO, bon nombre de ces projets aurait été annulés ou ne se seraient pas déroulés comme prévu. De nombreux projets ont contribué au renforcement de la capacité de recherche et d’innovation des communautés scientifiques. C’est particulièrement vrai à l’extérieur des principaux centres urbains, comme à l’école de médecine de l’Université Northern British Columbia (UNBC), où le projet de recherche a eu une incidence appréciable sur la communauté. En plus de renforcer la capacité de recherche de l’UNBC, l’agrandissement de l’infrastructure de recherche a permis d’établir un pôle et de rehausser le statut régional de la communauté.

Conception actuelle du rôle de DEO

DEO est un acteur essentiel de la communauté des sciences de la vie de l’Ouest canadien. Tenu en haute estime, le Ministère offre des ressources importantes pour soutenir le développement de la grappe. Dans l’ensemble, ses investissements dans les sciences de la vie sont réussis, selon les bénéficiaires de projet et les informateurs clés.

À l’heure actuelle, DEO est perçu comme une organisation dont l’approche est réactive par rapport à la grappe. Les répondants aux entrevues ont indiqué que DEO pourrait en faire davantage pour soutenir le développement de la grappe des sciences de la vie.

Conception future du rôle de DEO

Au sujet du rôle de DEO, les bénéficiaires de projets et les informateurs clés ont suggéré que le Ministère augmente le montant et la durée des investissements. DEO pourrait investir les sommes supplémentaires dans le processus de commercialisation en collaborant étroitement avec les organisations, du début du projet jusqu’à cette étape. Le Ministère pourrait également définir une orientation plus précise pour la grappe des sciences de la vie en assurant le leadership nécessaire pour établir des priorités et élaborer une stratégie.

Prévisions pour le secteur canadien des sciences de la vie

En 2006, PricewaterhouseCoopers, en collaboration avec BIOTECanada, a publié ses premières prévisions annuelles sur l’industrie des sciences de la vie2. On a demandé aux participants de l’industrie de parler de leur vision de l’avenir de l’industrie canadienne et de ce qu’ils considéraient comme ses principaux défis commerciaux pour les deux prochaines années.

On a cerné huit observations clés que l’industrie et le gouvernement pourraient utiliser comme lignes directrices pour faire progresser l’industrie. Ces observations clés appuient les commentaires des bénéficiaires de projet et des informateurs clés de l’industrie.

  • Il est essentiel d’apporter une aide financière aux entreprises canadiennes pour assurer leur succès. Les sources de financement dont il a été question sont encore des partenaires stratégiques et des sociétés de capital de risque américaines et canadiennes.
  • Il faut de meilleures sources de capital d’investissement d’amorçage ou de démarrage. Les entreprises investissent un temps précieux à solliciter des dollars au lieu de développer leurs produits. L’augmentation du capital d’amorçage ou de démarrage permettrait d’offrir des ressources plus importantes aux entreprises en démarrage, qui pourraient alors utiliser leur temps à faire progresser leur produit dans la chaîne de valeur.
  • Les entreprises canadiennes font l’estimation de leur rentabilité sur trois ans. La rentabilité indique si la commercialisation d’un produit génère des revenus et un excédent de trésorerie. Trois années de rentabilité indiquent que l’industrie, aux dernières étapes de son développement, a atteint sa maturité.
  • Afin de réduire l’exode des entreprises, le Canada doit développer un milieu d’affaires plus viable. Quarante-huit pourcent des répondants ont dit qu’ils prévoyaient déménager l’ensemble ou une partie de leur entreprise à l’étranger. La côte Est des États-Unis, suivie de la Californie, sont les destinations de prédilection.
  • Les fusions et les acquisitions sont les stratégies de sortie privilégiées par les entreprises privées canadiennes.
  • L’industrie canadienne des sciences de la vie a besoin d’interagir davantage avec les fournisseurs de capitaux étrangers et d’être plus visible. La mobilisation de capitaux en tous genres constitue le plus grand défi des entreprises canadiennes des sciences de la vie pour les deux prochaines années. Une plus grande visibilité des entreprises auprès des fournisseurs de capitaux étrangers élargira les possibilités de soutien à la croissance de l’industrie.
  • Une gestion expérimentée est essentielle au succès de la grappe, mais le niveau actuel des ressources est insuffisant pour bâtir des équipes. On utilise les ressources pour investir dans les R-D, le fonds de roulement et le fonctionnement avant tout autre chose.
  • Les gouvernements peuvent entreprendre des démarches pour favoriser la réussite de l’industrie. Les répondants ont indiqué trois activités prioritaires que le gouvernement fédéral peut mener pour accroître la compétitivité mondiale du Canada : faciliter un financement accru pour les entreprises, créer de meilleurs stimulants fiscaux pour les investisseurs et accroître le financement des établissements de recherche.

Possibilités d’investissement futur

Nous avons demandé aux bénéficiaires de projet et aux informateurs clés de classer ce qu’ils considéraient comme les trois priorités les plus importantes pour DEO en termes d’investissements dans la grappe des sciences de la vie. La première priorité des deux groupes en termes d’investissement futur est un soutien supplémentaire accordé aux activités de R-D appliqués qui mènent à la commercialisation.

Au deuxième rang, les bénéficiaires des projets ont indiqué l’accroissement des biens matériels (édifices et équipement). L’investissement dans les biens matériels devrait également comprendre un volet pour soutenir le fonctionnement continu des installations existantes et la rénovation des installations désuètes.

Au troisième rang, les bénéficiaires de projets ont placé l’investissement dans le développement des compétences et des connaissances. Les types de compétences et de connaissances à privilégier avaient trait à la concession de licence, au marketing et à l’établissement des entreprises. Les informateurs clés ont insisté sur la commercialisation, mettant les investissements dans la commercialisation et l’adoption des technologies au nombre des priorités. Ils ont également placé au deuxième rang le besoin de renforcer les liens entre les intervenants du système d’innovation.


Tableau 11.1 Trois priorités pour les investissements de DEO dans les sciences de la vie selon les informateurs clés et les bénéficiaires de projet

  Classement des informateurs clés Classement des bénéficiaires de projets

R-D appliqués menant à la commercialisation

1

1

Accroissement de l’infrastructure physique pour la recherche (édifices et équipement)

 

2

Renforcement de la commercialisation et de l’adoption des technologies

2

 

Resserrement des liens entre les intervenants du système d’innovation

2

 

Investissement dans le développement des compétences et des connaissances

 

3

Dans les prévisions de PricewaterhouseCoopers, on a demandé aux répondants si les gouvernements fédéral et provinciaux devraient mettre l’accent sur une ou des sous-grappes précises de l’industrie. Il n’y avait aucun consensus sur cette question. En fait, 37 des 85 répondants ont dit « non », et 25 autres répondants ont indiqué qu’ils étaient dans le doute.

On a demandé aux répondants qui ont répondu « oui » à cette question de lister deux sous-grappes auxquelles le gouvernement devrait accorder une attention spéciale. La liste ainsi produite est en quelque sorte une coupe transversale de la recherche dans les sciences de la vie et des domaines fonctionnels, comme les finances.

Recommandations pour les investissements futurs

Les suggestions suivantes sur les possibilités d’investissements futurs pour DEO dans la grappe des sciences de la vie ont été compilées à partir des entrevues avec les bénéficiaires de projets et les informateurs clés :

  1. Investir dans des types de projet qui comportent plus de risques;
  2. Allouer des montants plus importants aux projets;
  3. Soutenir la création d’un fonds de capital de démarrage pour les sciences de la vie;
  4. Financer les projets, à but lucratif ou non, à l’étape de la validation de principe pour déterminer la viabilité commerciale des découvertes et établir un lien avec l’utilisateur final.
  5. Collaborer avec les intervenants appropriés pour cerner les projets qui permettraient d’accroître la main-d’œuvre hautement qualifiée dans les activités de validation de principe et de commercialisation, y compris les ventes et le marketing, la législation, l’homologation et d’autres compétences utiles dans la création d’entreprises, et investir dans ce type de projet;
  6. Faire connaître les réussites ou l’utilité de l’industrie des sciences de la vie de l’Ouest canadien à l’aide de diverses initiatives de marketing, notamment en allouant au marketing un pourcentage des dollars accordés aux projets individuels;
  7. Élargir les activités de communication pour clarifier le mandat et les objectifs de DEO auprès des bénéficiaires de projet possibles, de la communauté des sciences de la vie et du grand public de l’Ouest canadien et d’ailleurs;
  8. Promouvoir la grappe des sciences de la vie au niveau fédéral et établir des partenariats avec d’autres organismes fédéraux pour offrir un soutien coordonné à la grappe;
  9. Encourager les améliorations dans le processus d’immigration au Canada pour faciliter le recrutement de travailleurs hautement qualifiés d’autres pays pour des postes permanents ou à titre de chercheurs invités;
  10. Faire le suivi des projets et offrir un financement et un soutien tout au long du cycle de développement de leur produit ou service en appliquant une stratégie semblable à celle qu’utilisent les sociétés de capital de risque dans l’industrie. Autrement dit, les sociétés de capital de risque investissent dans les activités des dernières étapes susceptibles d’aboutir à une réussite commerciale et d’offrir un bon rendement sur le capital investi;
  11. Évaluer l’efficacité de la dispersion des investissements sur un large éventail de domaines des sciences de la vie et déterminer si une approche axée sur des domaines précis serait plus efficace;
  12. Élaborer des modèles de transfert des technologies qui remplissent une fonction semblable à celle du Centre for Drug Research and Development (CDRD). Parmi les autres exemples à suivre, il y a les bureaux de transfert des technologies des universités américaines, qui évoluent pour devenir plus efficaces. Les universités américaines créent maintenant des fonds de dotation pour développer les sciences dans leurs établissements dans le but de les rendre attrayantes aux investisseurs qui pourraient envisager l’acquisition de technologies ou des essais cliniques avant de concéder un permis au secteur privé3.

Conclusion

Le soutien offert à la recherche et au développement par le secteur public s’appuie sur le principe que l’augmentation des investissements mène à la croissance de l’emploi et de l’activité économique. Comme l’illustre la figure 11.1, DEO oriente ses investissements vers les infrastructures du savoir et de la recherche, qui sont essentielles aux premières étapes du cycle de l’innovation. Notre analyse des effets économiques indique que ces investissements ont contribué à la croissance du PIB et de l’emploi. Les investissements qui entraînent les effets économiques les plus importants sont ceux qui interviennent plus loin dans le cycle de l’innovation et au-delà de l’étape de la validation de principe au moment où il faut davantage de travailleurs hautement qualifiés, et dans d’autres activités à valeur ajoutée, comme la création d’entreprises.

Le Conference Board of Canada4 a récemment publié un bulletin où le Canada obtient la note « D » pour l’innovation. Le rapport souligne l’importance de l’innovation pour l’économie canadienne et explique qu’elle est le fondement de la productivité et de la compétitivité du pays à l’avenir. Comme l’indique le rapport, la note du Canada dans l’innovation reflète une incapacité de créer et de diffuser des connaissances ainsi qu’une pénurie de travailleurs qualifiés, et l’impression que la recherche canadienne tombe facilement entre les mains de propriétaires étrangers. Le bulletin confirme les résultats de nos entrevues et l’importance du rôle que DEO doit continuer à jouer pour favoriser le développement de la grappe. Les résultats du bulletin soutiennent tout à fait l’idée que DEO devrait augmenter les montants de ses investissements dans la grappe des sciences de la vie.

DEO contribue activement aux investissements dans la recherche et le développement dans les sciences de la vie. Ainsi, le Ministère joue un rôle essentiel de catalyseur en liant les projets et les intervenants dans le but de faire des découvertes bénéfiques dans des domaines variés des sciences de la vie. La prochaine étape pour DEO est de soutenir l’industrie par des investissements plus importants dans l’adaptation et la commercialisation des technologies. DEO pourrait aussi renforcer son leadership en utilisant ses relations dans l’ensemble du Canada par l’intermédiaire du réseau fédéral, en vue de soutenir les sciences de la vie, sur les scènes nationale et internationale.

___________

1 La figure s’inspire d’un diagramme préparé par Life Sciences BC pour illustrer le cycle de l’innovation dans les biotechnologies.

2 Prévisions 2006 pour le secteur canadien des sciences de la vie, PricewaterhouseCoopers LLP et BIOTECanada.

3 Beyond Borders, Global Biotechnology Report 2007, Ernst & Young.

4 How Canada Performs : A Report Card on Canada, Le Conference Board du Canada, juin 2007.